L’ouverture internationale

Ouvrir véritablement son établissement scolaire à l’international

Jean-Marie Chuepo

Après cette période de covid-19, il nous faudra relancer l’ouverture internationale de nos établissements. Pour les établissements qui ont déjà des partenariats, il s’agit simplement de les réactiver. Pour ceux qui souhaitent se lancer, voici quelques éléments de réponse à vos questions, un point de départ pour vos recherches. Nous avons choisi de répondre à quatre questions récurrentes sur ce type de projet.

1.    Pour quelles raisons ouvrir son établissement à l’international ?

Plusieurs motivations peuvent être invoquées par le chef d’établissement qui souhaite ouvrir son établissement à l’international. Le schéma ci-après les résume.

L’État demande à chaque établissement scolaire d’avoir au moins un partenariat international. Cela contribue à l’objectif de permettre à chaque élève, d’effectuer au moins un voyage à l’étranger dans le cadre de sa scolarité obligatoire. En conséquence, entre le collège et l’année de seconde, il faut s’assurer que chaque élève ait vécu au moins une mobilité à l’international. Depuis 2017, 100% des établissements scolaires secondaires sont supposés avoir noué au moins un partenariat à l’international. https://www.education.gouv.fr/bo/16/Hebdo24/MENE1615925C.htm?cid_bo=103304

L’objectif de l’enseignement des langues étrangères, c’est d’arriver à ce que chaque élève sache s’exprimer dans deux langues étrangères à la fin de la scolarité secondaire. Chaque bachelier devrait donc être capable de s’exprimer dans deux langues étrangères. Ce n’est pas encore le cas pour tous les élèves. C’est pourquoi, mettre en place des échanges internationaux peut être un plus pour les élèves. https://www.education.gouv.fr/les-langues-vivantes-etrangeres-et-regionales-11249

La diversification est dictée par le contexte démographique dégradé. Les prévisions d’effectifs à cinq ans de la DEPP (direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) montrent une baisse attendue des effectifs en premier degré, se répercutant au second degré après la rentrée 2024. Dans un tel contexte, l’adaptation de l’établissement à son milieu est essentielle pour son maintien ou son développement. L’ouverture internationale peut être un moyen de s’adapter aux besoins des familles accueillies ou de proposer de nouveaux services éducatifs. https://www.education.gouv.fr/prevision-d-effectifs-d-eleves-du-premier-degre-la-baisse-des-effectifs-devrait-se-poursuivre-jusqu-322799

La vision de l’humain permet à l’établissement d’aligner les projets internationaux sur sa vision anthropologique de l’homme. Que disons-nous aux jeunes sur l’homme d’hier, d’aujourd’hui et de demain ? Ouvrir son établissement à l’international suppose de communiquer clairement sur le fait que les humains ont beaucoup à partager malgré les différents de lieux de vie, de culture, etc. Il s’agit de rechercher ce haut point de communication entre nous tous, dépassant nos spécificités subjectives et collectives.

2.    Sous quelles formes ?

Sans s’exclure, au moins trois priorités peuvent être mobilisées : l’accent sur les langues, la double diplomation ou l’expérience culturelle longue.

Pour ceux qui ne visent que l’approfondissement linguistique, les voyages scolaires et les échanges classiques (une semaine en France avec les correspondants et une semaine à l’étranger) sont suffisants. Pour les voyages, il faut insister sur le fait qu’ils doivent répondre aux objectifs des programmes scolaires, du socle commun et des parcours. Il ne faut pas laisser la main aux agences de voyages dans la construction du séjour. Les agences doivent répondre à une commande pédagogique et éducative de l’établissement et non construire la commande. Pour les échanges scolaires, la coopération avec les collectivités locales est un plus qui trouve sa place dans les objectifs de citoyenneté visés par de tels projets. L’échange international peut aussi se faire sans mobilité à travers le programme eTwinning. https://www.etwinning.net/fr/pub/index.htm

L’approfondissement linguistique peut aussi passer par la préparation d’examens internationaux :

Le double diplôme est attractif pour nombre de jeunes français. En premier, on pense aux programmes des Ecoles Supérieures avec leurs partenariats internationaux. Il faut aussi être attentif aux programmes de coopération entre Etats.

C’est le cas de l’entente entre la France et le Québec pour favoriser les mobilités des jeunes en appliquant aux étudiants québécois les tarifs appliqués aux étudiants français dans les Universités. De même au Québec, les étudiants français se voient appliqués les droits universitaires réservés aux canadiens. https://www.cfqcu.org/fr/conseil-franco-quebecois-cooperation-universitaire/ententes

L’Université franco-allemande regroupe plus de 200 établissements proposant un cursus débouchant sur un double diplôme. https://www.dfh-ufa.org/en/?noredirect=en_US

Il y a bien entendu d’autres nombreux programmes.

La priorité peut simplement être une expérience culturelle internationale, sans objectif de diplôme. La culture, dit-on est ce qui reste quand on a tout oublié ! A partir de combien temps un jeune peut-il repartir d’un pays avec la culture de l’autre ? En 2011, avec un groupe de chefs d’établissements européens (luxembourgeois, allemands, belges, néerlandais, français) nous avions estimé qu’il fallait un séjour de 10 semaines à l’étranger, en immersion scolaire complète. Nous avons donc mis en place un tel échange. A l’expérience, au bout de quelques années, nous avons ramené le dispositif à six semaines pour permettre aux jeunes de valider convenablement leur année scolaire dans leur pays. Cet échange se faisait sans aucun coût pour les familles (chaque famille envoyait un enfant à l’international et en recevait un, les établissements scolaires prenaient en charge le coût du transport et la restauration des élèves internationaux en ½ pension.)

Cette expérience culturelle est aussi vécue lors de césures à l’étranger en cours des études secondaires ou après.

3.    Comment trouver des partenariats à l’international ?

Plusieurs réseaux peuvent être mobilisés :

  • Les DAREIC (délégués académiques aux relations internationales) : https://eduscol.education.fr/1100/adresses-des-dareics
  • Le service des relations internationales du SGEC pour les établissements privés.
  • Les jumelages des communes d’implantation : en vous rapprochant de l’adjoint (e) aux relations internationales de votre commune.
  • Le réseau des anciens élèves : vous avez certainement des anciens élèves habitant le pays avec lequel vous souhaitez nouer des relations. Demandez-leur de vous mettre en contact avec l’établissement où ils scolarisent leurs enfants, ou tout autre. Vos familles d’aujourd’hui sont certainement en contact avec des anciens élèves qui vous intéressent.
  • Les réseaux associatifs internationaux : pour beaucoup de pays, vous trouverez des associations ayant pour objectif de favoriser les échanges culturels avec la France. Ces associations seront ravies d’intégrer un volet éducatif à leur action par votre intermédiaire.

4.    Où trouver des aides financières ?

La question financière ne doit pas être première dans un projet, ni un frein. Des aides existent à différents niveaux. Voici des exemples de financements obtenus.

Une commune qui prend en charge l’hébergement et la restauration des délégations internationales. Bien entendu, les communes ne peuvent financer les collèges et lycées, mais elles peuvent avoir un budget pour leurs relations internationales. Si vous choisissez vos partenaires scolaires parmi les villes jumelées, vous avez des arguments pour des prises en charges directes de certaines dépenses.

Les Départements et les Régions ont aussi une politique de soutien aux jeunes dans leur mobilité internationale. Rapprochez-vous de votre Conseiller Départemental ou Régional.

Pour les voyages scolaires, ce sont souvent les familles qui sont sollicitées, car il n’y a pas de réciprocité. Même dans ce cas si votre voyage entre dans certains cadres, vous pouvez obtenir des financements :

5.    Et les actions de solidarité à l’international ?

Les établissements scolaires sont souvent impliqués dans des actions de solidarité internationale. Ce sont des institutions éducatives, et non pas des institutions de collecte de fonds. En conséquence, nous devons systématiquement nous interroger sur la dimension réellement éducative de nos actions de solidarité internationale pour les élèves. Cela suppose une évaluation finale de chaque action sur son impact réel auprès des jeunes. Une action solidaire éducative qui rapporte beaucoup, mais a peu d’impact éducatif sur les jeunes doit être abandonnée ou revue.

C’est essentiel d’insister auprès des équipes pour qu’il n’y ait pas d’action de solidarité internationale sans relations internationales. La relation réelle à l’autre est indispensable dans l’éducation à l’altérité.

L’éducation au développement et à la solidarité internationale est intégrée dans les programmes scolaires et généralisée à tous les établissements de la maternelle au lycée depuis 2011 : https://www.education.gouv.fr/bo/11/Hebdo41/MENE1128575C.htm?cid_bo=58234

« L’éducation au développement et à la solidarité internationale vise à donner aux jeunes des clés de compréhension des déséquilibres mondiaux et à encourager leur réflexion sur les moyens de réduire la pauvreté et les inégalités. Elle participe à l’éducation au développement durable, en contribuant à la compréhension des interdépendances environnementales, économiques, sociales et culturelles à l’échelle mondiale. »

 Un texte de 2009 précise les objectifs et les partenaires possibles. https://www.education.gouv.fr/bo/2009/37/mene0900812n.htm

Soyez donc explicite sur la vision anthropologique de l’homme qui vous pousse à rechercher cette véritable ouverture à l’international. Choisissez ensuite avec votre communauté éducative les formes que cela peut prendre. Il est indispensable d’impliquer le Conseil d’établissement à cette réflexion et à l’analyse des actions mises en place. Pour vos projets, vous trouverez facilement des partenaires internationaux en suivant les pistes évoquées plus haut. À ce stade, avec vos partenaires internationaux, vous saurez régler la question des financements.

Ensemble, nous devons préparer nos jeunes au monde global qui est le leur, donner à chaque élève la possibilité de l’expérimenter pour ne pas en avoir peur, afin d’en tirer le plus grand profit.