Selon une enquête de l’IFOP de 2019 disponible sur https://www.francebenevolat.org/ avant la Covid-19 le nombre de bénévoles restait stable, mais sa part dans la population de métropole fléchissait entre 2013 et 2019. Ce fléchissement cache des évolutions différentes. Les personnes de 65 ans et plus réduisent leur implication (-18,4 % sur la période 2010 et 2019). La réduction est plus importante pour les 50-64 ans réduisent aussi leur engagement associatif (-23 % entre 2010 et 2019). En revanche, le bénévolat ponctuel et occasionnel augmente. Il en est de même pour les plus jeunes que les catégories précédentes : +37,5 % pour les moins de 35 ans et +35,3 % pour les 35-49 ans. Il faut donc noter que ce n’est pas la Covid-19 qui a créé ce mouvement, il a simplement été amplifié.
Autrement dit, j’entends dans beaucoup de structures associatives des remarques sur la difficulté de trouver des bénévoles pour faire face aux départs. En réalité, nos associations doivent adapter leur offre d’activité bénévole à la demande. La cible qui fait mouche, c’est plutôt une personne de moins de 35 ans qui est disponible pour un coup de main occasionnel !
Comment s’adapter à cette situation ?
Cette question de l’adaptation n’est pas nouvelle. Le mot adaptation vient du latin adaptatio, pour désigner l’action d’ajuster. La question est ancienne, puisque Aristote pose la question de l’adaptation au milieu naturel. L’interaction avec le milieu est censée assurer la survie de l’espèce au sens darwinien. On prête à Socrate d’avoir dit « Ce qui fait l’homme, c’est sa grande faculté d’adaptation ».
L’adaptation concerne aussi la transformation d’une œuvre culturelle pour changer sa destination. Un roman est adapté au théâtre ou au cinéma. Une inquiétude naîtra ici pour certains qui poseront la question de la fidélité de l’œuvre adaptée à l’œuvre de départ. D’autres attendront de l’œuvre adaptée qu’elle soit autre chose, avec un plus par rapport à l’œuvre de départ.
Plutarque raconte l’histoire du bateau de Thésée, ce combattant rentré victorieux à Athènes de son combat contre le Minotaure. Le bateau de la victoire est exposé pour garder mémoire de ce bel événement. Pour le préserver, on remplace au fur et à mesure toutes les planches qui s’usent. Au bout d’un moment, on a un bateau flambant neuf. Mais est-ce encore le bateau de Thésée ? Une association qui s’adapte ne perd-elle pas son identité ? Cela suscite très souvent de longs débats internes, au point que certains menacent de partir. La préservation de l’unité peut alors passer par le statu quo.
Si nous prenons l’analogie avec chaque individu, la question posée est celle de l’identité de l’individu qui s’adapte. S’adapter signifie-t-il changer d’identité ? Notre identité, est-elle unique, immuable ? Nos 30 000 à 100 000 milliards de cellules se renouvellent en totalité tous les dix à quinze ans selon un article de Science et vie de 2019. Pour autant, considérons-nous que cela change notre identité ?
Regarder les choses ainsi, c’est considérer que notre identité, c’est autre chose que notre corps, c’est une sorte de corps immatériel. C’est ce corps immatériel qui traduit notre identité. Chaque association aurait donc aussi une existence immatérielle, forme vivante constitutive de son identité. Le changement ne viendrait impacter que les cellules constitutives de l’association, sans modifier son identité immatérielle. Cette identité immatérielle est constituée par les réalisations positives, ses réussites en lien avec son projet, la reconnaissance des bénéficiaires des actions, etc. L’histoire de l’association, qui fait partie de ce corps immatériel, doit être considérée comme « un phare » et non comme un « port » !
Comment cette adaptation indispensable se fait-elle concrètement ?
Il nous semble que sept étapes la caractérisent.
- On n’est pas concerné : le choc vient d’avoir lieu (des effectifs qui baissent, annoncés en assemblée générale, le départ d’un ou de plusieurs membres, etc.).
- On constate le bouleversement de l’ordre établi (perturbation des membres, conflits, etc.).
- On envisage de faire quelque chose, mais la peur domine (un membre a bien fait une proposition de recrutement de nouvelles personnes…).
- Le changement est souhaité et on entrevoit des avantages (répartir la charge de travail sur plus de personnes…).
- On passe à l’action : feu vert pour l’entrée de nouveaux membres.
- L’arrivée des nouveaux membres perturbe le système en place. Des rôles doivent évoluer. On finit par accepter de leur faire de la place ou les départs de certains libèrent des postes.
- Les résultats sont là : le renouvellement apporte de nouvelles idées et on accepte de ne plus faire comme avant.
Des qualités qui ressortent de tout cela pour faciliter l’adaptation :
- Accepter l’incertitude.
- Souplesse, flexibilité, transmutation parfois.
- Être solide (don de soi sans contrepartie) et mou à la fois (les nouvelles formes de bénévolat).
- Veille active, formation, imagination, créativité.
- Recherche de l’unité. Si on va vite seul, ensemble, on est plus fort et on va plus loin.
Les membres sont alors prêts à réussir ensemble en agissant comme une équipe :
- Un groupe interagissant et s’influençant, additionnant les talents de toutes et tous.
- Pour un but commun, connu de tous : la mission de l’association, définie dans son projet.